Une monnaie commune avant l'heure
Au milieu du XIXe siècle, la France, la Belgique, la Suisse et l'Italie utilisent déjà des systèmes presque identiques, tous issus du franc germinal de 1803. Le 23 décembre 1865, une convention signée à Paris crée l'Union monétaire latine. Ses membres s'engagent à frapper l'or et l'argent aux mêmes poids et titres, et leurs caisses publiques acceptent les pièces des autres États. La Grèce rejoint l'ensemble en 1868.
La pièce de 20 francs en or sert de pivot au système. Bruxelles en frappe sous Léopold Ier, puis en grand nombre sous Léopold II. L'Italie suit avec Victor-Emmanuel II et Humbert Ier. Berne émet l'Helvetia de 1883 à 1896, avant de passer au Vreneli. En France, toutes ces pièces finissent par être appelées « napoléons » ; en Italie, on parle de « marengo ».
La guerre de 1914 suspend la convertibilité en or, et l'Union disparaît officiellement en 1927. Une grande partie des pièces est restée ensuite dans les coffres des banques et dans les familles, ce qui explique qu'on les retrouve si souvent aujourd'hui. Voir les monnaies en or et les monnaies étrangères.
Reconnaître le pays, puis la variété
Pièce belge. Léopold II apparaît d'abord avec une barbe épaisse et peu détaillée (1867-1870), puis avec une barbe plus fine dans les années 1870. Pour certaines dates, le revers est orienté de deux façons par rapport à l'avers, ce que les catalogues appellent positions A et B. Albert Ier n'a qu'un millésime, 1914, en légende française ou flamande. Une variété de 1865 porte la signature mal orthographiée « L. WINNER ».
Pièce italienne. Sous Victor-Emmanuel II, une lettre indique l'atelier : T pour Turin, M pour Milan, R pour Rome. À Turin et à Milan, elle s'accompagne du monogramme « BN » de la Banca Nazionale. Sous Humbert Ier, Rome frappe seule. Pour ce règne, les années 1884, 1889, 1891, 1893 et 1897 sont données comme rares.
Pièce suisse. Deux millésimes, 1893 et 1895, ont été frappés avec de l'or extrait à Gondo, dans le Valais. Un petit poinçon au milieu de l'écu et une teinte d'or plus pâle les signalent.
Les 20 francs or de l'Union latine : Belgique, Italie, Suisse : les pièces à ne pas confondre
- Le Vreneli : il succède à l'Helvetia en 1897. On y voit une jeune femme aux cheveux tressés devant des montagnes, et le mot « HELVETIA » remplace « CONFOEDERATIO HELVETICA ».
- Les 20 lires sardes : avant 1861, Victor-Emmanuel II est roi de Sardaigne et ses 20 lires, au même étalon, ne portent pas « REGNO D'ITALIA ».
- Les 20 lires de Victor-Emmanuel III : un autre roi, un autre portrait, d'autres revers, et plusieurs dates frappées en très petit nombre au XXe siècle.
- Les autres pièces au même module : 20 drachmes grecques, la Grèce ayant adhéré en 1868 ; 8 florins d'Autriche-Hongrie, équivalents à 20 francs ; 20 francs de Monaco au nom du prince Charles III.
- Le 20 francs français : même format, mais « REPUBLIQUE FRANÇAISE » ou le nom de l'empereur. Voir le 20 francs Napoléon III, le 20 francs Génie et le 20 francs Coq.
En pratique, c'est la légende qui tranche : lisez-la en entier avant de vous fier au portrait.
Faux et dates sensibles
Les dates italiennes peu frappées attirent les faussaires : une part des exemplaires proposés sur le marché serait contrefaite. Les copies, anciennes ou récentes, peuvent elles aussi contenir de l'or, ce qui rend la seule pesée insuffisante.
Trois contrôles se complètent. D'abord les mesures : 6,45 g et 21 mm. Ensuite la tranche, dont les lettres ou les cannelures doivent être régulières et nettes. Enfin la cohérence de la pièce : la date doit correspondre au souverain, et la lettre d'atelier au règne. Une 20 lires d'Humbert Ier marquée T ou M doit éveiller la méfiance, puisque toutes les pièces de ce règne viennent de Rome. Un Helvetia daté 1887 ou un Helvetia au poinçon de Gondo mérite un examen très attentif, vu les quantités infimes frappées.
Le guide reconnaître une fausse pièce décrit d'autres vérifications, et le guide des ateliers monétaires aide à lire les lettres.
L'usure selon le pays
Belgique. La barbe de Léopold II et les cheveux au-dessus de l'oreille s'aplatissent en premier ; au revers, la couronne et la crinière des lions perdent leur relief.
Italie. Chez Victor-Emmanuel II, la moustache et la barbiche s'usent vite ; chez Humbert Ier, la moustache et la chevelure. Au revers, la croix de Savoie et le collier qui entoure l'écu se lissent.
Suisse. Suivez la chevelure d'Helvetia, le diadème et les feuilles de la couronne du revers.
Beaucoup de ces pièces ont circulé jusqu'en 1914, et certaines ont servi de bijou : soudure sur la tranche, trace d'anneau retiré, chocs. Le brillant de frappe, ce reflet qui tourne dans le champ quand on incline la pièce, s'efface rapidement. Des rayures fines et parallèles révèlent un nettoyage. Sur une date courante, ces défauts comptent peu ; sur une date rare, un collectionneur y regarde de très près. Consultez les guides états de conservation et nettoyer une pièce.